Déontologie
Comment je travaille avec une intelligence artificielle, et les deux engagements auxquels on peut me tenir.
Écrit le 12 août 2026, mis à jour le 25 août 2026. La mise à jour ne revient sur aucun engagement : elle réaligne cette page sur l’article paru sur LinkedIn le 12 août, qui fait référence, et elle ajoute en fin de page la ligne que je porte désormais en pied de mes articles. Cette page est datée à dessein : un engagement qu’on ne peut pas situer dans le temps ne s’oppose à rien.
Oui, je travaille avec une intelligence artificielle. Tous les jours, y compris sur les articles de ce site. En 2026, je ne voudrais pas qu’on imagine le contraire ; se cacher d’utiliser un accélérateur de recherche et de rédaction serait à la fois faux et un peu ridicule.
Voici où passe la ligne, chez moi.
Ce que la machine fait
Elle cherche, recoupe, et lit à ma place ce que je n’aurais pas le temps de lire. Elle me rend des synthèses, y compris traduites. Je l’ai programmée comme un harnais de R&D, et j’en suis bienheureux. Un exemple : pour un article récent, elle a dépouillé cinq publications de recherche et m’en a rendu les chiffres — que j’ai ensuite vérifiés, avant de juger si je voulais les intégrer ou non.
Elle me propose des plans, des angles, des formulations. Elle me relit et me dit quand un paragraphe ne tient pas, quand une logique manque d’incisivité, ou quand je laisse traîner une faute de participe passé.
Ce qu’elle ne fait pas
Elle ne décide pas de quoi je parle, ni de ce que j’en pense. Et elle n’écrit pas le texte que vous lisez : elle produit une version, je la reprends, et ce qui sort n’est plus le texte d’une machine. Ce n’est pas un scrupule, c’est une nécessité — sa version est correcte mais elle ne sonne pas comme moi j’écrirais vraiment, et ce même si un de mes premiers pas a été de me créer un descriptif de mon style d’écriture.
Dans mes dossiers, la version de travail et le texte paru sont deux fichiers distincts. Je garde les deux, précisément pour pouvoir les comparer.
Deux engagements, que vous pouvez m’opposer
Ils ont l’avantage, plutôt qu’un tampon automatique, d’être datés, écrits, et vérifiables dans six mois.
Les scènes que je raconte sont vraies, et elles sont recomposées à partir de mon expérience et de ma mémoire. Quand je parle d’un coach qui écourte sa mission ou d’une équipe désengagée, aucune scène n’est attribuable à une personne ni à une organisation particulière. Chacune est vraie, plusieurs fois. Je l’écris dans l’article concerné, à l’endroit où ça compte — pas en petits caractères à la fin.
Rien de ce qui vient de ma pratique de superviseur ne passe par une machine. Les données de mes supervisés ne quittent pas mes cahiers physiques manuscrits, et aucun agent n’y a accès, quel que soit le canal. Ce n’est pas une règle de prudence que je m’applique : c’est un dossier que je n’ai pas mis à sa portée. Une garde qui repose sur la vigilance finit par tomber ; une garde qui repose sur l’absence tient toute seule.
Pourquoi je l’écris plutôt que de laisser un tampon le dire
Les fournisseurs d’intelligence artificielle apposent désormais une marque sur ce que leurs modèles produisent — chez celui que j’utilise, pour les modèles lancés à partir du 2 août 2026. Rien pour les morceaux de code, mais pour tout ce qui est texte, ce n’est pas une mention en bas de page : c’est un filigrane intégré à l’écriture elle-même, un choix statistique de vocabulaire, qui voyage avec les mots quand on les copie ailleurs. Le mouvement vient de l’Union européenne et l’intention est saine : rendre traçable ce qu’une machine a produit.
Mais cette marque peut se poser sur un texte écrit entièrement par un humain. La page de support de l’éditeur est explicite : on utilise souvent ces outils pour relire, traduire, résumer ou convertir, et la sortie peut porter la marque même si les idées, le texte ou les données viennent d’ailleurs. Je vous écris un paragraphe, je le fais relire, je reprends la version relue — et il ressort tatoué. Le règlement européen, si je le lis bien, porte sur le contenu généré par une machine, pas sur mon texte qu’une machine a relu. La marque déborde son objet.
J’attends avec impatience qu’un relecteur de tatouage passe sur du Balzac ou du Zola et ressorte positif : nous saurons enfin comment ces deux prolixes génies ont tant écrit — ils utilisaient l’IA.
Et son absence ne prouve rien non plus. L’éditeur l’écrit lui-même : un contenu édité, paraphrasé, ou produit par un modèle plus ancien passe au travers. Il suffit de faire réécrire un texte par un second modèle pour que la marque devienne une pure confusion — c’est sa nature même, elle est un biais de génération et non une étiquette collée dessus.
Récapitulons ce que ce tampon mesure. Présent, il peut signaler un texte humain relu par une machine. Absent, il peut signaler un texte entièrement produit par une machine, puis blanchi en trente secondes. Les deux erreurs sont possibles, et elles vont dans les deux sens. Faux positifs et faux négatifs vont donc cohabiter allègrement.
C’est un instrument de mesure dont personne n’a interrogé le cadre. Je passe ma vie professionnelle à faire remarquer ce genre de chose — je vous rappelle que je suis superviseur avant tout — et je vois mal pourquoi j’y ferais exception quand ça me concerne.
Surtout, une marque automatique ne saura jamais dire si j’ai inventé un témoignage, exposé une personne que j’accompagne, ou fait dire à quelqu’un ce qu’il n’a pas dit. Ce sont pourtant les seules questions déontologiques qui comptent vraiment dans mon métier — et aucune ne se lit dans un filigrane.
Alors marquez mes textes, ça ne me gêne pas. Mais ne lisez pas le tampon : lisez la ligne que j’ai écrite, c’est ma déontologie, et venez me dire si je m’y tiens.
La ligne que je porte en pied de mes articles
Déclaration d’usage : recherche, synthèse et rédaction assistées par Claude (Anthropic) ; visuel Bing Image Creator. À moi l’intention, les faits et les arbitrages ; rien ne paraît sans ma reprise ligne à ligne.
Elle renvoie ici. C’est le même engagement, en une phrase.