Déontologie
Comment je travaille avec une intelligence artificielle, et les deux engagements auxquels on peut me tenir.
Écrit le 12 août 2026. Cette page est datée à dessein : un engagement qu’on ne peut pas situer dans le temps ne s’oppose à rien.
Oui, je travaille avec une intelligence artificielle. Tous les jours, y compris sur les articles de ce site. En 2026, je ne voudrais pas qu’on imagine le contraire ; se cacher d’utiliser un accélérateur de recherche et de rédaction serait à la fois faux et un peu ridicule.
Voici où passe la ligne, chez moi.
Ce que la machine fait
Elle cherche, recoupe, et lit à ma place ce que je n’aurais pas le temps de lire. Elle me rend des synthèses, y compris traduites. Elle me propose des plans, des angles, des formulations. Elle me relit et me dit quand un paragraphe ne tient pas, quand une logique manque d’incisivité, ou quand je laisse traîner une faute de participe passé.
Ce qu’elle ne fait pas
Elle ne décide pas de quoi je parle, ni de ce que j’en pense. Et elle n’écrit pas le texte que vous lisez : elle produit une version, je la reprends, et ce qui sort n’est plus le texte d’une machine. Ce n’est pas un scrupule, c’est une nécessité — sa version est correcte et elle ne sonne pas comme moi. Dans mes dossiers, la version de travail et le texte paru sont deux fichiers distincts. Je garde les deux, précisément pour pouvoir les comparer.
Deux engagements, que vous pouvez m’opposer
Les scènes que je raconte sont vraies, et elles sont recomposées à partir de mon expérience et de ma mémoire. Quand je parle d’un coach qui écourte sa mission ou d’une équipe désengagée, aucune scène n’est attribuable à une personne ni à une organisation particulière. Chacune est vraie, plusieurs fois. Je l’écris dans l’article concerné, à l’endroit où ça compte — pas en petits caractères à la fin.
Rien de ce qui vient de ma pratique de superviseur ne passe par une machine. Les données de mes supervisés ne quittent pas mes cahiers physiques manuscrits, et aucun agent n’y a accès, quel que soit le canal. Ce n’est pas une règle de prudence que je m’applique : c’est un dossier que je n’ai pas mis à sa portée. Une garde qui repose sur la vigilance finit par tomber ; une garde qui repose sur l’absence tient toute seule.
Pourquoi je l’écris plutôt que de laisser un tampon le dire
Les fournisseurs d’intelligence artificielle apposent désormais une marque sur ce que leurs modèles produisent — pour le texte, un filigrane intégré à l’écriture elle-même, qui voyage avec les mots. L’intention est saine. Mais cette marque peut se poser sur un texte écrit entièrement par un humain et simplement relu par une machine ; et son absence ne prouve rien, un texte réécrit par un second modèle repartant sans elle. Faux positifs et faux négatifs vont cohabiter.
Surtout, une marque automatique ne saura jamais dire si j’ai inventé un témoignage, exposé une personne que j’accompagne, ou fait dire à quelqu’un ce qu’il n’a pas dit. Ce sont pourtant les seules questions déontologiques qui comptent vraiment dans mon métier.
Alors marquez mes textes, ça ne me gêne pas. Mais ne lisez pas le tampon : lisez la ligne ci-dessus, et venez me dire si je m’y tiens.