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Le méta-modèle en PNL

· 11 min de lecture

La grille qui repère ce qu'un énoncé omet, généralise ou déforme — les douze violations sémantiques, leurs exemples, et les questions qui vont avec.

Archive. Cet article a paru le 18 janvier 2013 sur la première version de roquesci.com. Il est republié tel qu’il était écrit, à son adresse d’origine.

Introduction

La première publication du méta-modèle en PNL date de 1975 dans « Structure of Magic » de Bandler et Grinder. Richard Bandler et John Grinder étant respectivement mathématicien et linguiste, ils ont conçu le méta-modèle à la frontière entre leurs deux disciplines, pour être un modèle linguistique formel. L’objectif était initialement de modéliser les constructions grammaticales d’un langage naturel (l’anglais), puis en affinant ce modèle avec les thérapeutes Fritz Perls, Milton Erickson et Virginia Satir, le méta-modèle s’est organisé en différentes constructions grammaticales particulières qui ont été appelées violations sémantiques, associées à des moyens d’intervention — des questions à poser — lorsque l’on souhaite intervenir sur une violation sémantique particulière.

Origines bibliographiques du méta-modèle

Comme nous l’avons suggéré en introduction, le méta-modèle est à la fois un modèle linguistique et un guide d’intervention. Ces deux dimensions sont constitutives de ce modèle et la pertinence dans l’utilisation doit rester en permanence notre guide.

En tant que guide d’intervention, le méta-modèle se veut une façon de proposer au patient / client une modification de son système de représentations (sur lui-même ou sur le monde extérieur).

J’insiste beaucoup lorsque je présente le méta-modèle oralement sur le fait que c’est un outil très puissant et qui peut être très déstabilisant, et donc dangereux, s’il est utilisé sans les protections adéquates. En vocabulaire CT, l’alliance doit être stable avec votre client avant d’envisager son utilisation. Bien évidemment, la puissance de cet outil lorsqu’il est utilisé au bon moment est susceptible d’apporter au client un déclic (un insight) qui sera source d’un changement majeur.

Mon champ lexical influence mes cartes mentales, et mes cartes mentales (mon système de représentation) influencent mon champ lexical. Cette influence récursive fait que lorsque nous détectons une violation sémantique, celle-ci peut être soit une cause soit un effet. Par exemple, une lecture de pensées sera plus souvent le résultat d’une confusion d’identité du sujet, ou d’une ambiguïté dans ses limites personnelles.

Omissions, généralisations et distorsions

L’omission est un processus par lequel nous prêtons attention uniquement à certains stimuli de notre expérience sensible, et nous en ignorons d’autres. Prenons, par exemple, la possibilité que nous avons de filtrer tous les sons dans une salle pleine de gens qui parlent, dans le but d’écouter la voix d’une personne en particulier. L’omission réduit le réel à une réalité que nous sommes capables de comprendre sereinement. Cette réduction est absolument nécessaire tous les jours dans notre vie, et ce mécanisme mental est sain dans de très nombreux contextes, en particulier lorsque nous avons besoin de secret, de sécurité, ou d’intimité.

La distorsion est le processus qui nous permet de faire des interprétations ou des modifications de notre expérience sensorielle. Les fantasmes, par exemple, nous permettent de ressentir l’émotion associée à une expérience, mais sans l’avoir vraiment vécue. Ce processus rend possible notre esprit créatif et artistique. Tous les grands romans, toutes les grandes découvertes scientifiques requièrent la capacité de déformer et de dénaturer la réalité.

La généralisation est le processus par lequel nous détachons une expérience concrète de sa réalité immédiate et nous raccrochons cette expérience à une catégorie plus générale, dont l’expérience originale devient un exemple ou une illustration. En reprenant l’exemple introductif de la Critique de la raison pure de Kant, si je vois une table dans mon expérience sensible (je la vois, je la touche, etc.) et je constate qu’elle a des caractéristiques particulières (couleur, forme, pieds, poids), je peux associer cette table de ma réalité à la catégorie des tables que je me représente, et la table réelle sur laquelle je m’appuie ici et maintenant est une table. Notre capacité à généraliser est essentielle pour faire face au monde, pour classer, relier, catégoriser, rassembler, prévoir, etc. Mais ce même processus de généralisation peut conduire un être humain à établir des croyances limitantes telles que « Je ne dois pas exprimer mes sentiments » ou « Personne ne me comprend ».

Comment apprendre le méta-modèle ?

L’ensemble des violations sémantiques du méta-modèle ne s’apprend pas en un jour. Je conseille de l’apprendre petit à petit, en débutant par les violations sémantiques qui vous semblent les plus faciles à déceler. Les violations sémantiques les plus courantes sont : la lecture de pensées, les opérateurs modaux, et la cause/effet ou équivalence complexe.

Présentation du méta-modèle

Les omissions

Omission simple

L’omission simple consiste en une phrase qui ne se suffit pas à elle-même pour la compréhension : cela peut provenir d’implicite (contextuel), ou de termes choisis qui sont peu spécifiques.

Exemples :

  1. Je ne suis pas d’accord.
  2. Je suis en colère.

Objectif : retrouver ce qui est manquant, complément ou verbe.

Réponses possibles :

  1. À propos de quoi ? Avec qui ?
  2. Contre qui, contre quoi ?

Suppression de l’index de référence

Un pronom est utilisé et le contexte ne vous permet pas de comprendre à quoi il fait référence.

Exemples :

  1. Cela m’est égal.
  2. Ça n’a pas d’importance.
  3. On ne sait pas.

Objectif : retrouver l’index, objet, sujet ou verbe.

Réponses possibles :

  1. Quoi précisément ?
  2. Qu’est-ce qui n’a pas d’importance ?
  3. Qui ça, on ?

Omission du comparatif

Une comparaison semble s’opérer dans l’esprit de votre interlocuteur, mais il ne précise pas les deux membres de la comparaison. Les mots clés à rechercher sont « moins » (avec « au moins »), « plus » (avec « au plus », « plus grand », « plus petit »), « mieux », « pire », « meilleur », « moindre », « autrement », « aussi » (en superlatif), « beaucoup », « autant ».

Exemples :

  1. C’est mieux de partir.
  2. C’est plus cher.

Objectif : retrouver le terme de la comparaison, la norme, la référence ou le contexte.

Réponses possibles :

  1. C’est mieux que quoi ?
  2. Par rapport à quoi ?

Verbe (ou mot) non spécifique

Certains verbes ne sont pas suffisamment spécifiques, et la phrase que vous entendez, dans son contexte, laisse planer une ambiguïté sur son sens. De même, certains mots ou certaines constructions grammaticales ne spécifient pas suffisamment la phrase dans laquelle ils apparaissent, comme par exemple : « quelqu’un », « une personne », « les gens », « ils / eux », « on », « les autres ».

Dans cette catégorie également, nous plaçons les classes ou les groupes d’individus qui sont des généralisations non spécifiques : les travailleurs, les catholiques, les Français, les hommes, les femmes, etc.

Exemples :

  1. J’ai suivi son conseil.
  2. Romane a gagné.
  3. Les gens ne m’aiment pas.

Objectif : faire préciser le sens du verbe, ou du mot non spécifique.

Réponses possibles :

  1. Comment ?
  2. De quelle façon ?
  3. De qui parlez-vous exactement ?

Les généralisations

Quantificateurs universels

Dans cette catégorie nous plaçons les généralisations absolues, sans référence. L’utilisation de mots comme tout, toujours, jamais, rien, personne, tout le monde est caractéristique d’une généralisation de type « quantificateur universel ».

Exemples :

  1. Personne ne travaille ici.
  2. Tout le monde sait cela !

La technique pour contrer le quantificateur universel est soit de dégonfler la généralisation, soit de trouver un contre-exemple. Pour dégonfler une généralisation, nous pouvons par exemple répéter le quantificateur en l’accentuant : tous ? toujours ? Etc.

L’objectif est d’obtenir une atténuation de cette généralisation, qui va dégonfler tout le raisonnement qui suit.

Réponses possibles :

  1. Vraiment personne ? J’aperçois cependant X et Y qui sont en train de travailler.
  2. Est-ce qu’un enfant de cinq ans sait cela ? Si non, quand et où l’apprendra-t-il ?

Origine perdue

Nous plaçons dans la catégorie des origines perdues toutes les règles et les jugements qui semblent immanents. Cette catégorie contient en particulier les phrases toutes faites du langage courant, ainsi que les citations, qui, prises au mot, peuvent créer des prisons très solides.

Exemples :

  1. C’est comme ça.
  2. C’est bien d’être honnête.
  3. « Ce qui ne nous tue pas rend plus fort » (Nietzsche).

La technique pour contrer une origine perdue est de tenter de retrouver la source ou l’origine de ce précepte, ou bien d’interroger la position de votre interlocuteur par rapport à sa déclaration.

Réponses :

  1. Est-ce votre avis ?
  2. D’après qui ?
  3. Comment le savez-vous ? (cette croyance peut être utile dans certains cas, mais pas en toute généralité).

Opérateurs modaux

Les opérateurs de nécessité et de possibilité sont des types de généralisation. Ils consistent en l’utilisation des verbes falloir, devoir ou pouvoir : il faut, je dois, etc. Ces verbes expriment des contraintes qui semblent imposées par une autorité supérieure dogmatique.

Exemple : Ce n’est pas possible, je ne peux pas faire cela.

La technique ici est de retrouver les risques ou la cause, les conséquences ou l’obstacle, qui sont masqués.

Réponses possibles :

Placée au bon moment, la réponse à un opérateur modal peut se révéler extrêmement déstabilisante pour votre interlocuteur. À utiliser avec précautions.

Nominalisation

La nominalisation est le processus consistant à transformer un verbe ou un adjectif en nom, avec pour effet secondaire de faire disparaître le sujet de la phrase. C’est une construction qui déresponsabilise votre interlocuteur de toute implication dans ce qu’il exprime.

Exemples :

  1. La communication passe mal ici.
  2. Je veux du respect !

La technique pour contrer ces constructions est de contextualiser (dans l’ici et maintenant si c’est possible), de limiter le champ d’application, et de rendre vivant l’énoncé. Pour ce faire, nous essayons de retrouver le verbe d’action sous-jacent à la nominalisation.

Réponses possibles :

  1. Comment voudrais-tu communiquer ?
  2. Qui ne vous respecte pas ?

Les distorsions

Cause — effet

Une relation de cause à effet est exprimée par votre interlocuteur (x cause y) et cette relation ne vous semble pas évidente du tout. En tout cas, elle mérite d’être explicitée afin de : soit valider cette relation, si elle est finalement valide ; soit montrer à votre interlocuteur que son état de confusion l’induisait en erreur, si la relation n’est pas valide.

Exemples :

  1. Ils me rendent triste.
  2. Son attitude me casse les pieds.

La technique pour traiter une « cause-effet » non valide est soit de la casser directement en l’interrogeant, soit de trouver un contre-exemple.

Réponses possibles :

  1. En quoi vous rendent-ils triste ?
  2. Comment spécifiquement ?

Équivalence complexe

Dans l’esprit de votre interlocuteur, deux assertions semblent équivalentes, se prouvant l’une l’autre, comme s’il existait réellement un lien fort et symétrique entre ces deux assertions.

Exemples :

  1. Il ne me salue pas, il me déteste.
  2. Elle ne me sourit pas, elle n’est pas contente.

La technique pour traiter les équivalences complexes consiste à les retrouver et à les questionner, ou bien à trouver un contre-exemple.

Réponses possibles :

  1. En quoi ne pas vous saluer prouve qu’il vous déteste ?
  2. Si elle souriait, serait-elle contente ?

Lecture de pensées

Lorsque votre interlocuteur est doté d’une boule de cristal, ou qu’il semble au fait de ce que pensent les autres comme par divination, vous pouvez raisonnablement interroger son savoir. En tout cas, tant que la science n’aura pas déterminé les conditions dans lesquelles la télépathie pourrait exister …

Exemples :

  1. Je sais ce qu’il a voulu dire.
  2. Il ne m’aime pas.

Pour traiter les lectures de pensées, vous tentez de retrouver l’origine de l’information, et vous ne vous contentez pas des réponses comme « je le sais », « c’est évident », etc.

Réponses :

  1. Comment le sais-tu ?
  2. Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

Présupposition

Affirmation reposant sur d’autres faits non établis (et non explicités) pour avoir un sens. Les présuppositions peuvent être difficiles à détecter tant elles reposent sur la confiance établie entre vous et votre interlocuteur. Elles induisent des vérités sur lesquelles il peut être difficile de revenir.

Exemples :

  1. M. Machin a laissé un message. (présuppose que M. Machin existe, et que le message vous intéresse ou vous est adressé)
  2. Quel est votre problème ? (suppose que vous avez un problème)
  3. Vous n’êtes pas assez intelligent pour résoudre mon problème. (présuppose qu’il y a un problème, que le problème peut être résolu, qu’il faut être intelligent pour résoudre ce problème, que le niveau d’intelligence peut être évalué et comparé, et enfin que votre interlocuteur connaît votre niveau d’intelligence !)
  4. Les gens qui disent que vous ne connaissez pas votre boulot n’y connaissent rien ! (présuppose que ces gens existent …)

La technique face aux présuppositions est simple lorsqu’elles sont détectées : il suffit de les interroger et de les renvoyer à votre interlocuteur. La clé est de les expliciter.

Réponses possibles :

  1. Qui est M. Machin ?
  2. J’ai un problème, selon vous ?
  3. Expliquez-moi qui pourrait résoudre votre problème ?
  4. Vous croyez vraiment qu’il y a de tels gens ?